Mon education vaut-il la peine?

On dit souvent qu’université rime avec les meilleures années de sa vie. Entre vivre de façon autonome, avoir un horaire moins chargé et être entouré de nouvelles personnes provenant des quatre coins du globe, cette expression sonne juste pour de nombreux d’entre nous. L’université permet beaucoup de libertés, notamment de pouvoir choisir son propre domaine d’étude. Cependant, cette décision n’est pas définitive : une fois son bac terminé, il se passe quoi? La dette d’étude, plus particulièrement la dette d’étude selon la faculté et le niveau, sera le sujet de cette édition du coin de Meg.

J’entame bientôt ma dernière année à McGill, et comme beaucoup d’autres étudiants de 3ème ou 4ème année, je pense constamment à ce qui m’attend. Un flot de questions vraisemblablement sans réponses me traverse l’esprit : Pourquoi pas aller en droit? Ou alors faire une maîtrise? Et si je devenais médecin? Est-ce que mon bac va suffire? Est-ce que ça vaut la peine de retourner à l’école? À quoi ça me servirait, un deuxième diplôme? Toutes ces questions m’ont mené, moi comme beaucoup d’autres, à une seule réponse incroyablement décevante : Ça dépend.

Se rajoute à ces questionnements le financement, un aspect crucial des études supérieures, tout particulièrement au Canada. Plus on reste à l’école, plus ça coûte cher, surtout que les frais de scolarité ne sont pas près d’arrêter d’augmenter. Plus le prix de l’éducation augmente, plus les jeunes considèrent les prêts étudiants comme une solution pour financer leurs études. Or, à l’obtention de leur diplôme, ils risquent fort bien de se retrouver dans un gouffre financier.

Inutile de mentionner que l’éducation universitaire est un prérequis pour de nombreux emplois très attrayants. Elle est aussi un privilège et un outil pour approfondir ses propres connaissances et ainsi contribuer à la société en général. Il faut aussi savoir que de nombreuses entreprises s’attendent à ce que leurs employés potentiels détiennent non seulement un diplôme d’études postsecondaires, mais aussi un diplôme d’études supérieures. Celles-ci rémunèrent davantage ceux et celles qui détiennent des qualifications particulières. Alors pourquoi l’endettement des étudiants au Canada est-il si problématique?

En faisant des recherches pour cette édition du coin de Meg, je suis tombée sur une étude de Statistiques Canada qui comparait la variation salariale d’un diplôme à un autre. Peu importe le domaine, une maîtrise vous rapportera en moyenne environ 12% de plus qu’un baccalauréat. Parallèlement, le fait d’être titulaire d’un doctorat entraîne un salaire environ 7.5% plus élevé que celui que rapporterait une maîtrise seule. En décortiquant le tout, on s’aperçoit que quiconque ayant fait une maîtrise dans un domaine non-STGM (Commerce et administration, Arts et sciences humaines, Sciences sociales, Droit, Soins de santé, Éducation et enseignement) gagne près de 17% de plus qu’avec un bac, alors que les titulaires d’un diplôme dans un domaine STGM (Sciences, Génie, Mathématiques, Informatique et Sciences de l’information) gagnent seulement 3% de plus avec une maîtrise.

Je vous laisse explorer le reste des statistiques (j’ai mis le lien ci-dessous). Vous remarquerez que, peu importe le domaine d’étude, un dénominateur commun demeure : celui des prêts étudiants. Un rapport publié en 2018 révèle que 489 000 étudiants à temps plein doivent à eux seuls près de 28 millions de dollars en prêts pour l’année universitaire de 2014-2015. Ce chiffre astronomique paraîtra dérisoire en comparaison à ce qu’il deviendra après que la prochaine génération d’étudiants ait subi l’augmentation inévitable des frais de scolarité et du coût de la vie. La dette moyenne d’un étudiant étant d’environ 20 000 dollars, il est évident que plus vous étudiez, plus vous vous endettez. L’ennemi premier de tout étudiant endetté, c’est le temps : plus on passe de temps à l’école, moins on a de temps pour travailler, et donc moins d’argent pour rembourser sa dette grandissante.

Bien que des études supérieures puissent rapporter un meilleur salaire, elles vous obligeront peut-être aussi à renoncer à beaucoup. Ma propre situation l’illustre bien : malgré mon travail avec PennyDrops, je n’étudie pas – croyez-le ou non – dans le domaine de la finance. Je ne suis même pas dans un programme lié au commerce. L’année prochaine, j’obtiendrai un Baccalauréat ès arts qui m’a apporté de nombreuses opportunités et que j’ai apprécié faire de A à Z, mais qui me désavantage en ce qui concerne ma dette étudiante. Pour accéder à ma carrière de rêve, je vais devoir obtenir un deuxième diplôme. Bien que je sois contente de le faire puisque j’aime étudier et je suis passionnée par mon domaine, je sais que ça signifie un investissement financier encore plus important et retarde mon entrée dans la population active.

Cette édition du coin de Meg ne se veut pas pessimiste. Elle ne cherche pas à vous dissuader d’entreprendre des études supérieures ou une deuxième majeure à cause des préoccupations financières. Je cherchais surtout à souligner un thème important qui, je crois, est au cœur de ce que nous essayons d’enseigner à tous les élèves de PennyDrops : prendre des décisions éclairées. La dette étudiante est en augmentation au Canada. En revanche, un apprentissage adéquat des types de prêts et des ressources disponibles aux étudiants (tels que les programmes de bourses étudiantes) ainsi qu’un regard critique et objectif sur les moyens de rembourser sa dette en temps voulu et de manière responsable rendent réalisable un meilleur avenir financier pour tous.